Salut ! Merci à toi de répondre à mes quelques questions. Pour commencer peux-tu nous faire une présentation de ton groupe (historique, moments clés/importants, line-up, etc...) ?
Chris : Et bien Trepan’Dead est composé de cinq membres, Manu à la guitare, Gwen à la basse, Aleks à la batterie et Boub mon frangin et moi-même aux micros. Le groupe existe depuis 98 et Le line-up actuel date de 2003, avec l’arrivé de Gwen. C’est à cette époque véritablement que nous avons pu travailler sérieusement sur des projets d’enregistrements. Au préalable nous avons écumé pas mal de rade, organiser bons nombres de concerts avec le collectif Soyunoloko que nous avions créé en réaction à la léthargie des pouvoirs politiques en place par chez nous. Ceux-ci ne faisaient rien pour permettre à la culture alternative d’exister et d’émerger, pire, ils la boycottaient ! C’est à partir de ce constat que nous avions décidé d’organiser ce qui ne se faisait pas, et ce parfois de façon illégale, car il me semblait et me semble toujours important d’être dans l’action si on veut asseoir et affirmer ses idées ! Puis nous nous sommes mis à composer des titres qui tendaient plus vers l’énergie que nous voulions développer. On a ainsi eu deux morceaux sur la compilation « The French Underground Series » qui nous a pas mal apporté de bon retour. Nous avons aussi à cette époque lié contact avec de vrais acteurs de la scène UG française comme Fred d’Inhumate entre autres, mais aussi différents fanzines, webzines qui ont été autant de relais nous permettant d’avoir un minimum de promo donc de nous faire connaître petit à petit et d’accrocher d’autres plans compilations, concerts. Tout cela grâce au Split que nous avons produit et sorti avec les gars de Goryptic, à l’époque Heresy, qui fut pour nous comme pour eux notre premier véritable support professionnel même si on avait déjà sorti une demo tape aupar avant. Puis enfin notre premier album autoproduit, « Obsessional Dysfunctions » sorti en mars 2006 qui nous à permis d’encore plus accrocher de la date, de faire parler de Trepan’Dead en France, en Europe et ailleurs, de faire des concerts comme le Soul Grinding festival à la laiterie, quelques dates en Espagne et Portugal avec les gars de Skinless… Bref, de monter d’un cran, de passer au niveau supérieur c’est-à-dire tourner un peu sur le territoire et jouer de plus en plus dans de bonnes conditions et avec des groupes confirmés ou en passe de le devenir. C’est comme cela que tu peux avancer, tu te nourries de la scène dans laquelle tu évolues tout en participant à son existence, cette émulation devient un moteur, une réciprocité enrichissante et bonifiant.

Quelles sont les raisons qui t'ont poussé à créer ton propre groupe ?
La première raison est certainement celle de faire du bruit, du son avec des potes, de rapidement être capable d’aligner deux trois structures pour pouvoir balancer cela devant des gens en buvant des bières et en essayant de faire ce que faisaient les groupes qu’on écoutait…C’est toujours encore approximativement les mêmes raisons qui font qu’on s’éclate à jouer, sauf qu’avec le temps, on s’inscrit plus dans une démarche musicale et artistique, sociale parfois. On a construit nos identités autour de notre musique tout en vivant nos vies professionnelles, familiales. On est dans une logique de création et d’efficacité, en tout cas en tends vers cela ! c’est une aventure humaine et artistique qui, tout en ayant atteint voir dépasser les trente ans, nous permet encore de surfer sur les utopies de nos 15ans que nous avons su rationaliser pour les rendre concrètes, nous rêvions de faire de la scène, nous sommes en plein dedans !

Comment s'organise aujourd'hui la gestion du groupe (qui fait quoi, il y a-t-il un leader, etc...) ?
Il faut de toute façon pour que les choses fonctionnent, que quelqu’un s’occupe en interne de gérer les « à côté » du groupe. Quand tu es, comme c’est le cas pour nous, autoproduit, tu dois gérer toutes les étapes qui permettent à ton support album d’exister, c’est-à-dire la promo, la distribution, le relationnel et le démarchage booking. Tu as beau faire un son qui dépote, avoir un album qui chie sévère, si tu ne comprends pas que tout le travail reste encore à faire quand tu sors du studio, qu’il faut être disponible, avoir du temps pour propager à grands coups de propagande ton skeud, alors ça va être difficile d’accrocher les deux trois plans qui te permettront, pendant les quelques mois qui suivront la sortie de ton produit, de détacher peut être la tête du lot. Il ne faut jamais perdre de vue que rien n’est acquis et qu’il existe une myriade de groupes qui ont autant, voir plus de potentiel que le tien ! Chez nous Boub s’occupe du site Internet, de gérer le compte et de la distro lors des concerts, Manu quant à lui négocie les trades et moi je m’occupe de l’imagerie, des contacts, de la promotion, de chercher et négocier des dates, bref d’être l’éclaireur, le rabatteur, et le baratineur du groupe…Il en faut bien un, sinon on peut attendre et passer des années dans notre cave à répéter en espérant qu’on vienne nous chercher par la main ! j’ai des objectifs précis pour ce groupe, et tant que nous ferons un son qui tient la route, on doit essayer d’avancer et de concrétiser notre histoire de commune.

Ta / tes plus grandes fiertés par rapport au groupe ?
D’avoir réussi à maintenir le cap et d’être resté suffisamment motivé malgré les années passées, malgré les diverses galères, sans jamais nous essouffler et en gardant la rage. D’avoir su à temps se fixer de réels objectifs qui nous ont permit de faire évoluer notre musique et de nous inscrire modestement au sein de la scène deathgrind, nous nous sentions appartenir à une scène musicale précise, maintenant nous savons que nous en faisons parti car le nom et donc le son de Trepan’Dead y fait quelque peu écho, bref, de savoir que c'est à force de travail que ce qui nous procure du plaisir peu finir par en donner à d'autres…

Le futur du groupe à court et long terme ?
Garder la même orientation et continuer a composer parce que nous avons plusieurs projet pour 2007, nottament de sortir un split avec un ou deux autres groupes... On est sur différentes pistes avec entre autres un groupe espagnol et tchèque. et puis accrocher un max de dates, toujours et encore parce que c'est notre principale motivation, jouer et suer ! et ce tant que cela nous fera bander les muscles et le cortex ! tant qu'on sera dans une logique de plaisir et de composition, Trepan'Dead aura de l'avenir, en espérant que le travail que nous faisons et feront nous amènera à franchir d'autres caps.

Venons en maintenant au coeur même de cette interview : l'UNDERGROUND. Quelle définition as-tu de l'UG ? (n'hésites pas à être le plus précis, le plus exhaustif possible) ?
Ce n'est pas si simple de répondre a cette question...au sens premier du terme, il s'agit de ce qui est souterrain, ce qui est en dessous et donc dans l'univers qui nous interesse, on parle ici de musique secondaire, de style moins exposé que d'autres, alternatifs et très loin du formatage sonore écouté par le plus grand nombre et qui brasse de l'argent et génère toute une économie commerciale. Alors bien évidemment la notion d'underground est avant tout une notion artistique, identitaire, c'est, à mon sens le vivier de l'éveil, des idées et des orientations nouvelles, celles qui explorent d'autres pistes, qui ne tend pas vers la norme et qui fait le choix d'exister à travers d'autres codes, voir à créer les siens et c'est le cas dans la littérature, l'arts ainsi que dans notre cas la musique, et pas seulement le death grind mais aussi dans d'autres courants. Orientions qui parfois peuvent également s'associer à des idées, des prises de positions sociales ou politiques. L'underground c'est aussi, par métaphore urbaine, un réseau organisé qui véhicule énergies et identités, qui relie les individus, une toile en permanente évolution fonctionnant à la passion, à la détermination, ou les acteurs sont souvent à la fois organisateurs et spectateurs. Il faut bien se rendre compte que dans la majorité des cas, les groupes, les associations voir même les labels indé ne gagnent pas d'argent, pire en perdent. Parce que ce qui fait que les choses se font, c'est les tripes, la rage et le plaisir ! Pas le soucis mesquin de faire du bénéfice outrageux ! Dans ce milieu l'argent y est un carburant pas un moteur, il sert la cause mais il ne s'en sert pas ! en tout cas c'est comme cela que je vois les choses...du coup on peut se demander si tout les groupes qui ne réussissent pas, qui sont inconnus sont underground ? est ce que le fait de faire les choses par passion sans gagner d'argent, fait de tous des formations proches de la scène UG ? un groupe de néo pop rock est-il underground parce qu'il n'accroche pas de dates et galère a fonctionner ? je crois qu'il peut y avoir différentes visions de l'underground mais en définitive et dans notre cas à nous c'est surtout la particularité musicale et une réalité de militant qui fait que notre musique peut être qualifiée d'underground.

En rapport avec la définition que tu viens de me donner, considères-tu ton groupe comme Underground ? Et surtout pourquoi ?
Oui, d'abord parce que c'est notre scène, celle dans laquelle notre groupe évolue et joue. et puis par état de fait, quand tu officies dans un registre extrême, la sonorité même de ce que tu fais t'installe obligatoirement dans une démarche underground. enfin notre manière de percevoir la musique, l'engagement personnel que nous pouvons avoir dans différent projets, rajoutes à ça le fait que nous avons toujours du batailler pour exister, pour jouer, tout cela fait qu'effectivement nous nous sentons underground et la mentalité de cette scène correspond clairement a ce que nous sommes !

Aujourd'hui pour un groupe, quels sont les principaux avantages et inconvénients d'appartenir à l'UG ?
l'avantage majeur de cette scène c'est quelle ne connaît pas de limite géographique. notre musique ne s'arrête pas aux frontières d'une région, d'un pays. Par le biais du réseau UG, tu peux te retrouvé a écouter des groupes de partout et surtout te faire écouter partout ! l'avènement d'Internet stratifie et coordonne de façon plus directe, plus accessible, la scène underground, on peut tous être au courant de ce qui ce fait, de ce qui se prépare, de qui fait quoi etc. Comme dans ce milieu la motivation reste avant tout comme je l'ai déjà dis plus d'une fois la passion, celle qui te remue les entrailles, tu sens vite la fraternité musicale, l'entraide qui peut lier les individus, les groupes, l'esprit de festivité , tout cela me semble être des particularités qui aident au moral et la détermination d'un groupe. Même si bien sûr tu trouves aussi bons nombres de gros cons, des hyènes puantes « chacal-ifiantes » mais disons que ceux la finissent rapidement par être repéré et mis sur la touches. Alors effectivement tu restes un artisan, un ouvrier du son et ma foi il n'est pas si simple de réussir à se faire une petite place tant le nombre de groupes est grand et les possibilités d'être quelques peu à la lumière sont bien moins nombreuses ! On y trouve d'ailleurs le pire comme le meilleur et c'est en cela que UG est un vivier.

Qu'est-ce qui différencie, selon toi, la scène UG de la scène Metal en général ? Y retrouve-t-on également des points communs ?
Avant tout le contenu, la musique ! C'est pas vraiment le même horizon même si bien sûr cela peu s'apparenter par certains codes communs, musical, vestimentaire, mais alors de façon très sommaire et ne pouvant tromper qu'un non initié. Parce qu'il y a bien un monde entre le métal de Watcha et celui d'Inhumate par exemple, bien que tous deux soient français on est quand même dans deux mondes para!lèles tant par l'esprit que la sonorité, c'est tout de même faire un grand écart que de passer de l'un à l'autre. et d'ailleurs on peut noter qu'il y a sûrement plus de chance qu'un type de 15 ans qui écoute le premier groupe finisse si il est curieux par écouter le second, parce qu'il aura eu envie de se prendre une plus grosse dose de son, plus brut, moins aseptiser, moins édulcoré que de voir un vieux grindeux secouer ce qui lui reste de cheveux ou ça casquette devant du métal branché assaisonné de tout ce qui marche. Et ce n'est pas là une question d'ouverture d'esprit mais de choix défini, de préférence qui fait qu'un jour, on va vers l'UG que l'on trouve plus intéressant, plus surprenant et quelque par plus identitaire et le processus de régression est quasi impossible. n suite tout simplement la diversité des programmations, le prix des entrées rarement excessives, la différence des tarifs de merch. et puis il y a des "sous menus" dans le "metal", le black ne véhicule pas la même chose que le brutal death ou le grind, et chacune de ces orientations musicales illustrent de façons différentes son implication underground... quand elle existe….

On oppose souvent l'UG aux notions de Business ou même plus généralement d'argent. Penses-tu que les deux soient effectivement dissociés ?
La proportion et la place de l'argent est sûrement différente c'est clair ! pas soumis aux mêmes règles, ni aux mêmes impératifs commerciaux non plus... Mais il ne faut pas perdre de vue que l'argent reste une donnée essentielle même au sein de la sçène underground. Comment veux tu faire quelques chose sans rien investir ? rien que pour pratiquer de la musique il te faut bien du matos que tu vas acheter. Tu veux passer en studio, presser un skeud ? ou c'est toi qui mets la thune ou c'est un label en partie, mais il faut bien financer le travail que tu réalises. Une asso organise un festival ? il lui faut bien un budget pour concrétiser son projet ! le tout c'est de réussir à ne pas trop se planter, voir récupérer un minimum de bénéfice histoire de pouvoir continuer a faire les choses, d'améliorer et de faire évoluer ses projets avec toujours le soucis de faire cela comme un passionné pas comme un commercial... Après celui qui viendrait dans l'underground pour essayer d'arnaquer, et bien sûr qu'il y en a, de profiter des énergies pour se gausser et remplir ses poches, il faut qu'en même avoué qu'il se tromperait de terrain de chasse eheheh...

Qu'est-ce qui te plaît le plus (et te déplaît le plus également) dans le fait d'appartenir à l'UG ?
Le fait que cette scène soit composée en général de motivés, de passionnés dynamiques qui s'investissent et qui s'impliquent ! cette scène musicale est riche et en mouvement, de plus elle produit et génère un son et une énergie qui me correspondent donc, je m’y sens en phase avec ce que je suis….

Comment juges-tu la scène UG française (points forts/faibles) ? Par rapport à la scène internationale ?
Et bien ma foi en plutôt bonne forme tu ne crois pas ? elle a des ténors qui l’illustrent et la revendiquent depuis des années comme Inhumate par exemple et pas mal de groupes français sortent de bonnes productions qui commencent à intéresser l’étranger car c’est par le fait d’être crédible au-delà de nos frontières que notre scène française prendra encore plus d’ampleur. Mais je crois que nous sommes en bonne voie ! plus les groupes français se donneront les moyens de produire et de diffuser des albums de manière professionnelle, plus notre terreau national gagnera en force et en diversité !

Toi qui fait partis du milieu musical, quel regard portes-tu sur le gravage ou le téléchargement d'album ? penses-tu que l'UG soit également concerné par ces pratiques ?
Je crois que cela fait surtout du tort à l’industrie du disque cette histoire de téléchargement ! c’est la machinerie lourde qui y perd grave… Après tout quand tu es inconnu, cet outil qu’est Internet, et donc également le téléchargement, te permet d’élargir ta promotion, ce qui peut être un avantage certain même si en définitive tu vends du coup des albums en moins. Quoique… je pense tout de même que « l’objet album » reste important pour ceux et celles qui écoutent notre musique. C’est aussi une façon de soutenir les groupes, comme le merchandising d’ailleurs, c’est une autre manière d’être dans l’action que de finir par payer un skeud même si on a commencé par le télécharger pour ce faire une idée. Et puis tu vends toujours quelque CDS, T-shirts quand tu fais un bon concert, alors autant se focaliser sur l’essentiel de notre musique, le contact direct avec le public et ne pas trop s’inquiéter du type qui par faute de budget aura pompé ton album mais qui sera venu te voir en live et qui finit par repartir avec l’original !

L'avenir de l'UG... tu le vois comment ???
Et bien je ne vois pas pourquoi cette scène devrait s’essouffler, les énergies sont là, les groupes, les assos, etc. proposent de plus en plus de choses de qualités et s’organisent de plus en plus si bien que parfois la frontière entre l’underground et le gros qui cartonne devient très légère. Puis tout système établit a besoin d’une alternative, d’un mouvement, d’un courant parallèle qui se détache de la pensée et de la représentation commune et générale pour pouvoir continuer à évoluer, à prospérer et la musique n’échappe pas à cela, donc la scène métal évolue aussi en fonction de son alternative, la scène underground.

Merci à toi d'avoir accepté de répondre à cette interview. Le mot de la fin est pour toi...
Merci à l’équipe bestial pour l’intérêt et le soutien portés à la scène UG, le travail fait par les gens comme vous donne son cota de lumière indispensable à toute formation musicale qui cherche à exister ! support the underground ! rage !!!!!

 

                


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