Tout d'abord merci à toi d'avoir accepté de répondre à cette interview. Pour commencer peux-tu nous faire une présentation du zine (historique, moments clés/importants, etc.) ?
Jean : Salut Laurent ! Flatté que tu aies pensé à moi sur ce coup là. Tout est parti en gros grâce au père Skowron de Nihilistic Holocaust. "Gabounet" avait mis sur pied il y a quelques années un siteweb (Hertzcorrupt) pour présenter les émissions-radio métal qui sévissaient dans notre région le Nord/Pas-de-Calais : Tapage Nocturne, Metal Magnetism, Dark Wave et évidemment In Extremis (j’en oublie d’autres je pense). Bref un bien beau siteweb censé être la carte de visite des radio-métalleux du Nord et ainsi pouvoir optimiser l’impact auprès de la scène underground (groupes, labels et auditeurs). Le site a duré le temps qu’il a duré, moi j’envoyais régulièrement à Gab des interviews de groupes qu’il mettait en ligne, jusqu’à ce qu’il m’avertisse qu’il n’avait pas assez de temps pour gérer le truc, que ce site n’avait jamais été conçu pour devenir un webzine. C’est ma faute, je n’avais pas une idée précise du temps qu’il pouvait y passait. Bref rapidement, je me suis retrouvé avec un stock d’interviews non-utilisables, avoue que c’est ballot. Et donc en juillet 2002 j’ai eu l’idée de les compiler dans une sorte de fanzine au format A5. Un canard pratique à emporter dans la poche, à consulter aux chiottes et dans les transports, pas encore sous la douche car pas plastifié mais j’y pensais... Un minizine donc qui n’avait pas encore tout à fait l’allure d’un fanzine puisque uniquement constitué d’interviews et de news à ce moment là. L’élément primordial étant sa gratuité totale. Après 4 numéros bâtis sur ce modèle et tirés entre 300 et 400ex chacun, j’ai enclenché la vitesse supérieure en septembre 2003 et suis passé à un truc plus intéressant pour le lecteur puisque constitué d’un bon paquet de chroniques des prods que je recevais pour la radio. J’avais une super combine pour les photocopies gratos... le bon plan quand on fait un zine, non ? 6 numéros sont sortis sur ce modèle, en général à 3 mois d’intervalle chacun (300-400ex là aussi). Entre-temps il aura fallu que je trouve un autre moyen pour les tirages-copies, le pot-au-rose de l’arnaque à la photocopieuse ayant fini par être révélée. J’ai donc inséré quelques pubs de labels/groupes juste pour financer mes copies mais j’ai rapidement eu du mal à suivre le rythme de fou que je m’étais moi-même imposé : 200 chros à certains numéros ! Je tentais de chroniquer la totalité de ce que je recevais pour la radio, c’était carrément impossible de suivre la cadence plus longtemps. J’ai frôlé la nervousse-breakdaoune et j’ai donc décidé de lever le pied en avril 2005 avec une version plus allégée du zine transformé ainsi en newsletter. Après 2/3 numéros à la mise en page expérimentale, mon choix s’est arrêté sur un recto-verso en format A3 pliée en 4. 300ex minimum pour les tirages et une fréquence de parutions régulière d’environ un nouveau numéro tous les mois et 1/2… ou un peu plus lorsque je prends des vacances. Et ce modèle perdure depuis un an maintenant. 10 numéros sont parus, le petit dernier (le #20) est tout chaud avec Z’B’T, Blacklodge, Impureza en interviews, une 50aine de chros et une présentation légèrement différente cette fois-ci. Besoin accru de place pour pouvoir tout caser le texte, il sort donc en 12p A5. Cette newsletter est distribuée sur Lille principalement mais pas seulement (j’en parle plus bas) et n’importe qui peut la recevoir à domicile en échange d’un misérable timbre à 0.53 euro. Voilà.

Quelles sont les raisons qui t'ont poussé à créer ton propre zine ?
En plus de ce que je viens d’invoquer, c’est aussi en rapport avec mon émission-radio qui existe depuis 8 ans pile, la première date d’avril 2002. Kevin de La Part d’Ombre (un de mes voisins d’interview je crois savoir), était d’ailleurs un fidèle auditeur avant de devenir sourd…. enfin de déménager et de trouver sa voie dans la pizza 4 fromages. Donc pour revenir à mes moutons, j’étais relativement frustré de ne pas toucher assez de monde via la radio (c’est toujours le cas mais je bois pour oublier). Il s’agit d’une toute petite station locale (RBM) qui émet dans un rayon de 30kms maxi et qui touche la zone Lens-Douai-Arras et le sud de la métropole Lilloise (Seclin etc). L’émission elle aussi s’appelle In Extremis et est diffusée chaque jeudi soir de 20 à 23h. Donc contrairement à certains animateurs d’émision-radio parallèles que j’ai connu au fil des ans et qui ont jeté l’éponge par manque d’auditeurs (un conseil si vous voulez avoir un max d’auditeurs : oubliez le métal en radio, passez plutôt de la techno et du r&b), j’ai trouvé dans le zine un moteur supplémentaire pour toucher plus de gens et donc rebooster ma motivation. Sinon plus globalement, les raisons pour avoir commencé tout ça (zine et radio) sont les mêmes : rendre au métal ne serait-ce qu’un millionième du plaisir qu’il me procure depuis 23 ans maintenant en propageant sa bonne parole auprès des jeunes et des moins jeunes. Le jour de ‘83 où j’ai posé une oreille sur le "Back In Black" d’ Ac/dc, j’ai su que la musique du diable était faite pour moi. Motörhead, Judas Priest, Black Sabbath et plus tard le thrash et le métal extrême ont suivis. Je leur suis fidèle depuis et quasi toutes les ramifications et sous-genres m’intéressent, me font vibrer plus ou moins intensément.

Comment s'organise aujourd'hui la gestion du zine (qui fait quoi, etc...) ?
Y a pas plus simple à expliquer car je fais tout, seul de A à Z, comme à la radio (enfin à la radio j’ai des collègues qui sont là pour décapsuler les binouzes… et les vider). Chros, interviews (les questions seulement) et collecte de news. C’est un rythme que j’ai du mal à suivre par moments, notamment au retour des vacances lorsque j’ai accumulé une 50aine de prods que je dois chroniquer. Là je vis un moment de grande solitude. Mais en cours d’année, lorsque la machine est bien lancée, il faut suivre un rythme sévère mais ça va. Surtout que je ne chronique plus la totalité de ce que je reçois, je diffuse tout en radio mais je fais un tri pour la newsletter. Difficile de trouver l’inspiration sur des skeuds à l’intérêt proche du néant, sur des sorties hard-fm que je supplie qu’on ne m’envoie plus mais certains responsable promo semblent être dur de la feuille. Bref le syndrome de la page blanche touche aussi le fanzineux. Donc une fois qu’un nouveau numéro sort de chez la boite à copies, je m’occupe du pliage/agrafage (s’il y a lieu), des envois postaux et des mise en dépôts chez les disquaires et aux concerts métal. Sachant qu’une grosse poignée d’assos / labels ug / distros et zines me filent un immense coup de main pour le dispatchage dans leur zone respective (Bestial Exp sur Besançon, La Horde Noire sur Annecy, la vpc Adipocere, les magasins Furet du Nord à Lille, Distorsion à Douai, Hellion recs à Rouen, Dysphorie tout récemment à Paris, Fred d’ Inhumate, Nihilistic Gab, Mathieu le docteur Gore, Pascal de Metal Fury sur Poitiers, les pervers de chez Duke, Goetie Exhumation, Foedus Aeternus, Forgotten Wisdom, Kaly prods… + d’autres que j’oublie, désolé).

Ta / tes plus grandes fiertés par rapport au zine ?
Fierté est un bien grand mot. Disons que les gens que je peux croiser aux concerts, lecteurs ou musicos, les courriers que je reçois pour m’encourager, les critiques des confrères de zines/webzines (Bestial Experience, La Horde Noire, Nihilistic Holocaust, Distorsion, Foedus Aeternus, Vicomte de Neurasthénie, La Légion Underground, Presto…), tout ça me donne la pêche de continuer l’aventure. A la radio aussi lorsque j’ai un gars au bout du fil (ou une demoiselle d’ailleurs) qui me remercie pour ce que je fais sur les deux tableaux (radio et newsletter), ça c’est énorme. Je suis alors tout z’ému.

Sur quel(s) crtière(s) décides-tu d'interviewer tel groupe par rapport à un autre ?
Chez moi c’est du feeling uniquement. Il faut d’abord que j’aime la musique du groupe. Depuis que je suis passé au format newsletter, je focalise surtout sur les groupes français avec quelques exceptions de temps en temps (Black Bleeding récemment, des belges orfèvres en black/death old-school). Donc dès qu’un groupe français me plaît plus que la normale, que je ne rame pas trop pour pondre quelques questions pas trop nazes, et qu’en plus il est encore injustement méconnu, alors c’est parti. J’évite aussi les connards qui propagent des idées fascistes, dans le black c’est pas rare. A noter que je collabore aussi à quelques webzines qui mettent en ligne pas mal d’autres de mes interviews (pas forcément underground ni français d’ailleurs) n’apparaissant pas dans ma newsletter par manque de place : www.spirit-of-metal.com, www.bleedingheroes.net, www.xtraks.com

Le futur du zine à court et long terme ?
J’en sais trop rien. Si je garde le rythme, le moral, je risque de continuer la newsletter pour un bout de temps encore. Le format papier m’a toujours plu. Je suis nostalgique de zines comme Septicore de Christophe Szpajdel qui m’a fait découvrir des tonnes de trucs au début des années 90 avant que le gars se recycle dans les logos (Emperor, Moonspell pour les plus fameux et la moitié des groupes black actuels). Je ne prétends pas lui arriver au genou mais devant la raréfaction du support, j’espère tenir bon face aux webzines et mags professionnels qui font de la lèche à tout bout de champs. La newsletter est un effort constant chez moi qui suis quand même d’un naturel glandouille, contrairement à la radio où là c’est du plaisir à l’état pur, sans prise de tête pour essayer de trouver l’inspiration : tu prends l’antenne, tu ouvres le micro et tu balances la purée en essayant de ne pas trop bafouiller entre les disques et les mousses. Jouissif ! Maintenant c’est vrai que depuis quelques mois maintenant, je passe souvent d’un état où j’ai franchement envie de jeter l’éponge à celui où j’ai de nouveau la niaque et l’envie de m’améliorer. Donc j’en sais trop rien finalement… Qui vivra verra.

Venons en maintenant au coeur même de cette interview : l'UNDERGROUND. Quelle définition as-tu de l'UG ? (n'hésites pas à être le plus précis, le plus exhaustif possible) ?
A part un train qui sillonne le sous-sol Londonien et qui sert de terrain de jeux aux terroristes islamistes, je dirais que l’underground est une façon de voir les choses, un état d’esprit différent du music-business grand public. Un monde utopique de bisounours où chacun aiderait son prochain sans notion de profit, en franche camaraderie. Même si c’est rare, ce monde parallèle existe bel et bien, a toujours existé et existera aussi longtemps qu’il y aura des fous furieux capables de jouer du métal avec leurs tripes, des fans qui vibrent à les écouter faire (qui ne rechignent pas à faire des kilomètres pour les voir) et des médias qui relayent l’information avec un soucis d’honnêteté. L’underground c’est le métal par passion plutôt qu’un vulgaire business lucratif. Des groupes qui jouent pour le plaisir de jouer sans se soucier du nombre de gens qui ont fait le déplacement pour venir les applaudir, des distros pointues qui font de la vpc pour les fanatiques, une espèce de quatrième dimension pour le commun des mortels dont on revient difficilement dès lors qu’on y a fourré le nez. Evidemment l’esprit DIY est également un élément primordial qui caractérise cette scène, plus c’est bricolé avec les moyens du bord, plus c’est underground. Mais ça se passe aussi dans la tête. Trop de connards se prennent un melon après avoir sorti ne serait-ce qu’une misérable démo. Alors qu’un gars, par exemple, comme Leif Jensen le chanteur de Dew-Scented qui a déjà sorti plusieurs albums sur un des labels métal les plus cotés au monde aime se balader dans la salle et discuter avec les gens avant son set. Des supporters proches de leur groupes fétiches et des musiciens proches de leurs fans (quand c’est pas que de la parlotte pour faire bien en interview dans les gros mags), c’est ça aussi l’esprit underground. Mais pour moi le principe de base quel que soit le poste qu’on occupe sur l’échiquier underground, c’est de faire son truc par plaisir uniquement, par passion.

En rapport avec la définition que tu viens de me donner, considères-tu ton zine comme Underground ? Et surtout pourquoi ?
Je ne me pose pas la question, j’m’en fous en fait. On est toujours underground par rapport à quelqu’un et mainstream par rapport à un autre. Moi ce qui me motive c’est le métal, qu’il soit underground ou pas, je m’en tape. Evidemment je laisse une large place aux groupes underground dans ma newsletter aux travers d’interviews. Mais au niveau des chros, c’est kif-kif bourricot. Le lecteur y croise autant de chros estampillées Nuclear Blast / Earache / Metal Blade que de groupes autoproduits et de labels obscurs. Je ne me suis jamais focalisé sur la scène underground uniquement car ce qui m’importe avant tout, c’est d’écouter de la bonne musique. Que ce soit le dernier Dragonforce chez Roadrunner (du heavy-metal anglais inspiré par la NWOBHM mais accéléré 10x) ou la démo d‘un excellent groupe Montpelliérain que je viens de recevoir et qui s’appelle Combustion Spontanée, j’ai des goûts ultra variés. Et avant de parler d’un groupe dans ma newsletter ou de le diffuser à la radio, je ne me demande pas s’il est underground ou pas, je le fais parce qu’il me plaît.

Aujourd'hui pour un zine, quels sont les principaux avantages et inconvénients d'appartenir à l'UG ?
L’avantage premier est l’indépendance. Pas de soucis de recettes-publicité à essayer de caser chez Nuclear Blast ou Roadrunner, pas de stratégie pour embellir les chros et ainsi ne pas froisser ces généreux mécènes. Liberté totale : de tons, d’orientation du contenu, d’avis sur les prods chroniquées. L’inconvénient par contre est surtout financier : essayer de ne pas trop perdre de fric en continuant l’aventure années après années n’est pas chose aisée. Mais rares sont les passions qui ne coûtent rien. Autre inconvénient aussi : le temps que ça bouffe. Pas assez de temps pour faire d’autres trucs. La lecture par exemple, c’est le genre de choses que je n’ai pas trop le temps de faire. Surtout qu’avec ma copine on a une autre passion en commun, celle des voyages. Et ça aussi ça prend beaucoup de temps et d’argent. Donc faut savoir faire des concessions et accepter de vivre avec le stress au cul.

Qu'est-ce qui différencie, selon toi, la scène UG de la scène Metal en général ? Y retrouve-t-on également des points communs ?
Les points communs sont musicaux. Combien de groupes underground rament comme des malades mais mériteraient autant d’exposition que les plus connus, qui eux ne sont pas forcément meilleurs mais boostés par des labels influents aux budgets promos conséquents. Les différences, je pense les avoir déjà évoquées dans la question 7. Sincérité, passion, plaisir...

On oppose souvent l'UG aux notions de Business ou même plus généralement d'argent. Penses-tu que les deux soient effectivement dissociés ?
Sujet délicat. Tiens d’ailleurs par ici dans le Nord, sur Douai précisément, Bruno (le gars qui gérait le zine Symbolic, maintenant appelé Distorsion) ferme malheureusement sa boutique. Il y proposait plein de trucs que tu ne trouves nulle par ailleurs en magasin, avec possibilité d’écoutes sur place et bien sûr à des prix distros défiant toute concurrence. Et bien il n’a malheureusement tenu que 2 ans. A t’il surestimé le potentiel métal sur Douai et ses environs ? Je le pense. Dommage, toujours est-il que lui arrivait à concilier business et esprit underground. Les marges qu’ils devaient se faire n’étaient pas énormes mais malheureusement le public n’a pas suivi. Donc oui c’est possible, mais de là à être viable sur le long terme, c’est une autre histoire. Plus généralement, je pense que dès que trop d’argent entre en jeu, il n’y a pas possibilité d’honnêteté pure. Dès qu’un groupe commence à réfléchir à une stratégie pour plaire au grand nombre et freiner ses instincts naturels, ses envies, ses influences premières… Dès qu’un média se pose la question de savoir s’il flattera tel ou tel ego pour continuer à recevoir les prods gratos, l’essence même d’honnêteté et donc d’esprit underground s’envole. Maintenant il est évident que les distros, les labels doivent brasser un minimum de fric mais bon, c’est un commerce avant tout. Et à ce que je sache, rares sont les philanthropes. Mais en général les bénéfices dégagés sont tellement minimes… quand bénéfices il y a.

Qu'est-ce qui te plaît le plus (et te déplaît le plus également) dans le fait d'appartenir à l'UG ?
Le contact facile avec les individus qui la peuplent (groupes, labels, distros, zines). L’infime sentiment de faire avancer le schmilblick à une échelle somme toute minime. Pas grand chose d’autre en fait, je ne me réveille pas la nuit en me disant : "Waouh, qu’est ce que je suis fier d’appartenir à l’underground !". De toute façon, généralement je ne vois souvent que les défauts dans tout ce que j’entreprends… Ils sont coriaces et nombreux, les salauds.

Comment juges-tu la scène UG française (points forts/faibles) ? Par rapport à la scène internationale ?
Le manque d’implication des fans français pour leur scène me fait chier. Leur manque de curiosité aussi même si je pense que ça n’est pas limité à l’hexagone. Les gens écoutent/bouffent ce qu’on leur sert de force dans les médias sans chercher à savoir ce qui se cache dans l’ombre. Je vis pas loin de la Belgique et la fréquence des concerts là-bas, leur affluence aussi, n’a pas de comparaison avec ceux de ce coté ci de la frontière. Le français n’a pas une culture rock à l’origine, encore moins métal par extension. Il ne bouffe que les groupes qui squattent les pages des mags sur papier glacé à longueur d’année, tout comme le beauf de base qui se gave des programmes de merde sur tf1. Des mecs et des nanas qui s’impliquent réellement dans la scène, c’est de ça qu’on manque surtout. Et des gens qui durent, qui ne font pas ça l’espace d’une année parce que ça fait cools auprès des potes et après basta. Par contre des branleurs qui croient tout connaître et qui critiquent à tout va, tout ça parce que papa/maman leur ont payé l’intégrale de Nargaroth à Noël, ça on a. Et le stock se renouvelle sans cesse. Des points forts j’en vois pas. La scène underground française ne vit que parce qu’elle compte d’ excellents groupes qui peuvent compter sur quelques allumés du bocal disséminés dans l’hexagone. Quand je vois le relatif désert culturel d’une région comme la mienne, pourtant réputée au niveau métal mais dont la scène survit grâce à quelques organisateurs comme l’asso Alien sur Lille, j’ose à peine imaginer la vie d’un métalleux au fin fond de la Corrèze.

Toi qui dirige un zine, quel regard portes-tu sur le gravage ou le téléchargement d'album ? penses-tu que l'UG soit également concerné par ces pratiques ?
Franchement je suis mal placé pour faire la morale. Si je ne recevais pas toutes les prods que je reçois gratuitement, moi aussi je graverais comme un malade. Impossible d’ acheter tout ce qui fait envie quand tu es fan. Quand j’étais gamin dans les années 80, au lycée on se copiait nos nouveautés respectives sur cassettes. Lorsqu’un métalleux du coin achetait un vinyl après avoir économisé sur le fric que ses parents lui filait pour bouffer le midi, la semaine d’après tous les métalleux du coin avait leur copie. Aujourd’hui le support a changé mais la façon de faire reste la même j’imagine... Même si ça fait longtemps que j’ai pas traîné dans une cour de récré. Sinon les téléchargements de masses, je pense que c’est surtout les gros labels qui en souffrent le plus. Le truc c’est que les gamins n’ont pas la même vision des choses que nous à notre age. Pour eux la musique est devenu un truc auquel on peut avoir droit gratuitement, plus la peine de payer son disque à la caisse des magasins. Mais derrière faudrait pas oublier qu’il y a des mecs qui rament comme des malades pour s’en sortir. Y a donc un minimum de respect à avoir. Et n’importe quel gars normalement constitué, ayant un minimum de conscience, ne devrait pas télécharger ou copier une galette auto-financée.

L'avenir de l'UG... tu le vois comment ???
Je ne me pose pas la question, je ne suis pas du genre pessimiste en général. Je pense que le métal est un genre tellement ancré dans nos sociétés modernes qu’il y aura toujours des fêlés pour crier leur rage et leur mal-être à l’aide d’instruments plutôt qu’avec des armes au point. Ça fait 36 ans que le premier Black Sabbath est sorti, le groupe continue d’influencer nombres de groupes underground ou pas. Sinon l’internet a pas mal changé les choses au niveau underground, c’est beaucoup plus rapide de contacter untel ou untel et d’avoir sa réponse. Avant tu attendais 3 semaines pour avoir une réponse d’Amérique du sud, des USA ou de l’Est par courrier classique, aujourd’hui t’as ta réponse dans le 1/4h si le mec est connecté. Et la démo quelques jours après s’il est sérieux.

Merci à toi d'avoir accepté de répondre à cette interview. Le mot de la fin est pour toi...
C’est moi. Je te remercie encore d’avoir pensé à moi, j’espère ne pas m’être trop éparpillé dans les réponses, ne pas avoir été trop moraliste et con du haut de ma trentaine bien entamée. Je laisse mon contact plus bas pour celles et ceux qui voudraient me joindre, n’hésitez pas. Y a toujours moyen de retirer quelques anciens numéros d’ In Extremis. Métal akbar !

 

                      

 

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